Aller au contenu principal

En vedette

  • Voyager en Europe est sur le point de devenir plus complexe et personnel.

    Les Canadiens sont déjà soumis aux règles de l’espace Schengen, qui limitent les séjours dans 29 pays à 90 jours sur toute période de 180 jours. Un double changement viendra s’ajouter en 2026.

  • Des lasers de l’espace auraient déclenché les feux de forêt en Californie. Les traînées de condensation laissées par les avions à haute altitude seraient en réalité formées de produits chimiques destinés à contrôler les esprits.

  • Le diabète de type 1 et le diabète de type 2 sont déjà des maladies difficiles à gérer, sans compter le fardeau supplémentaire que représentent les autres maladies auxquelles elles prédisposent les personnes atteintes.

  • À 70 ans, Sandy Larson est montée sur la scène de l’émission America’s Got Talent en confiant que, enfant, elle rêvait de faire « quelque chose de vraiment spectaculaire sur une grande scène ».

Les théories du complot : « Il ne s’agit pas de faits »

En période de turbulence, ces théories peuvant s'implanter comme une « bouée de sauvetage », au sein du chaos que nous vivons.

Des lasers de l’espace auraient déclenché les feux de forêt en Californie. Les traînées de condensation laissées par les avions à haute altitude seraient en réalité formées de produits chimiques destinés à contrôler les esprits. Les journées de photos d’école feraient partie d’un complot international visant à recueillir des données de surveillance sur les futurs électeurs et consommateurs.

On se demande pourquoi qui que ce soit pourrait croire à ces théories du complot — et à d’innombrables autres — qui circulent en ligne et hors ligne, tant elles sont manifestement absurdes et dépourvues de fondements.      

« Il ne s’agit pas de faits », affirme Alison Meek, professeure agrégée d’histoire au Collège universitaire King de l’Université Western, qui enseigne les théories du complot et mène des recherches à leur sujet. « Il s’agit de comprendre pourquoi les gens pensent cela et pourquoi ils y croient. [C’est] parce qu’ils sont en colère, qu’ils ont peur, qu’ils sont perdus. Cela les interpelle, c’est leur bouée de sauvetage au sein du chaos dans lequel nous vivons. »

Le besoin universel de pouvoir s’accrocher à du soutien en des temps chaotiques comme les nôtres — où l’on rebondit de l’incertitude économique aux changements climatiques en passant par les tensions internationales — n’est qu’une des multiples raisons pour lesquelles certains d’entre nous sont vulnérables à la pensée complotiste. Et, même si certaines d'entre elles sont manifestement ridicules, de nombreuses théories du complot sont loin d’être inoffensives : elles peuvent semer la haine, déformer notre rapport à la réalité, voire miner la confiance envers la démocratie. Qui plus est, ramener sur le droit chemin ceux qui ont été happés n’a rien de simple.

Les théories du complot semblent exister depuis toujours. Les barbares auraient été invités dans la Rome impériale pour faire tomber l’Empire. Au Moyen Âge, les Juifs auraient empoisonné les puits des gentils (ou non-juifs). Les francs-maçons, une société fraternelle, auraient comploté pour prendre le contrôle du gouvernement des États-Unis au début des années 1800. L’assassinat du président John F. Kennedy, en 1963, aurait été orchestré par le crime organisé. Le confinement lié à la pandémie de COVID-19 en 2020 aurait été un stratagème du gouvernement libéral de Justin Trudeau pour imposer le socialisme au Canada.

Contrairement au passé, la pensée complotiste contemporaine — désormais amplifiée par les hypertrucages générés par l’intelligence artificielle — circule à la vitesse de l’éclair, à cause d’Internet. Et, si nous croyons que les Canadiens sont moins susceptibles d’absorber la désinformation que nos voisins du Sud plus polarisés, par exemple, eh bien, Mme Meek nous rappelle qu’« Internet n’a pas de frontières ».

En effet, un sondage Léger mené en 2025 pour le compte d’Élections Canada a révélé que 46 % des électeurs canadiens admissibles (soit environ 27,6 millions) jugeaient qu’il était définitivement ou probablement vrai qu’un petit groupe manipule secrètement les événements mondiaux. Le tiers des personnes sondées affirmait également qu’on mène des expériences clandestines sur des Canadiens, liées aux drogues ou à la technologie. Selon le sondage, la croyance en ces théories du complot et d’autres du même genre a progressivement augmenté depuis 2021.

La prolifération des théories du complot contemporaines s’explique en partie par une profonde méfiance — souvent justifiée — envers les autorités traditionnelles, un phénomène issu des années 1960, marquées par la pensée libre et l’antisystème.

Mais l’être humain est une espèce qui se raconte des histoires et utilise le récit pour comprendre un univers capricieux. Si un nombre faiblissant d’entre nous s’appuie sur des sources d’information traditionnellement reconnues (quoique loin d’être parfaites), comme les nouvelles télévisées issues d’autres sources que le câble ou les journaux grand public, qu’est-ce qui comblera le vide?

Dans bien des cas, ce sont les médias sociaux, dont les algorithmes privilégient les contenus qui suscitent la peur et la colère — tout sauf la neutralité —, afin de nous garder sur la plateforme. Et les théories du complot qui émergent en ligne — parmi lesquelles l’idée que l’ensemencement des nuages aurait provoqué les inondations de 2025 au Texas, qui ont fait au moins 135 morts tout en offrant une manne économique aux entreprises de reconstruction — ont certainement de quoi nous alimenter en récits.

La pandémie de COVID-19, marquée par l’isolement social, est devenue un terreau fertile pour la pensée complotiste, notamment la croyance que le plan de relance mondial du Forum économique mondial constituait la feuille de route d’un gouvernement mondial unique et tyrannique.

La pensée complotiste s’intensifie aussi en période de crise parce que nous cherchons des réponses simples à des événements complexes, explique Mme Meek. Si les économies dégringolent, par exemple, « plutôt que d’essayer de comprendre la macroéconomie et la microéconomie ou la mondialisation, on se dit : “Non, blâmons X.” »

Ces réponses simples, mais fausses peuvent nuire à la cohésion sociale — y compris aux relations familiales, amicales et communautaires —, ce qui est ironique, puisque l’un des attraits du complotisme est justement le sentiment d’appartenir à un groupe spécial doté d’un savoir privilégié.

La pensée complotiste peut aussi menacer la santé publique en semant le doute sur la sécurité des vaccins, par exemple.

De manière plus générale, elle peut mettre en péril la démocratie même, en attisant la méfiance civique, en amplifiant la polarisation, voire en préparant le terrain pour un dirigeant autoritaire qui accusera ensuite ses opposants de fraude électorale. Comme le souligne Mme Meek, « les États-Unis ont un président élu dont la carrière politique a commencé avec une théorie du complot, celle du birtherism », qui remettait en question la naissance américaine du président Barack Obama.

Autre sujet de préoccupation : Les personnes de moins de 35 ans sont légèrement plus susceptibles d’adopter une pensée complotiste que les autres groupes d’âge, selon Daniel Stockemer, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa qui étudie les effets des croyances complotistes.

Souvent peu engagés politiquement et manquant de connaissances approfondies, « ils ne se sentent pas représentés, ce qui les rend vulnérables à d’autres discours », explique M. Stockemer. « Comme ils ne ressentent pas une appartenance à la démocratie, ils cherchent des alternatives. Et l’une de ces alternatives, ce sont les théories du complot. »    

Les jeunes peuvent évoluer dans un « vide idéologique », ajoute-t-il, ce qui les fait glisser vers une mentalité complotiste où croire à une théorie mène à en croire d’autres.

La pensée complotiste « crée des mondes alternatifs », dit-il. « Regardez les États-Unis. Le mouvement MAGA est construit sur des complots, des demi-vérités, de la désinformation. Cela peut mettre tout le pays sur une mauvaise voie. »

Si nos futurs dirigeants s’engagent sur une mauvaise voie, nous avons un problème. Et eux aussi.

Alors, que faire si votre beau-frère se met à parler de lézards humanoïdes qui dirigent le monde au prochain souper de famille? Essayez de reconnaître qu’il pourrait soulever un bon point, ce qui ouvre la porte à la conversation plutôt qu’à la confrontation. À partir de là, demandez-lui quelles preuves soutiennent sa théorie : quelle est la source, peut-on la vérifier, existe-t-il d’autres interprétations? Préparez-vous à répondre à des questions similaires lorsque vous présenterez vos faits. Faites preuve de patience, gardez votre sens de l’humour, retirez les couches une à une.

Peut-être réussirez-vous à changer l’opinion de votre beau-frère. Peut-être pas. Mais au moins, vous aurez défendu les faits.

Rédacteur établi à Ottawa, Patrick Langston est convaincu d’avoir les deux pieds bien ancrés dans la réalité.