À 70 ans, Sandy Larson est montée sur la scène de l’émission America’s Got Talent en confiant que, enfant, elle rêvait de faire « quelque chose de vraiment spectaculaire sur une grande scène ». Avec deux amies du même âge comme danseuses de soutien, elle a présenté un numéro simple avec quelques épées ornées, sur la chanson Last Chance for Love de Donna Summer.
Le public a chaudement applaudi le trio.
Simon Cowell, créateur de la très populaire émission, a dit des amies de Mme Larson qu’elles « n’étaient pas les meilleures danseuses du monde ». « Cependant, a-t-il poursuivi, c’est précisément ce qui rendait la prestation brillante. »
« J’ai le même âge que vous, alors je comprends », a ajouté l’humoriste canadien Howie Mandel, lui aussi juge de l’émission. « Je me reconnais dans toutes les personnes de mon âge qui s’activent, s’amusent et profitent du moment. »
L’histoire de Mme Larson illustre que, à mesure que l’espérance de vie augmente, les possibilités se multiplient. Son apparition lors de la première émission de la saison 2025 en est un bon exemple. Sa prestation réunit plusieurs des éléments qui, selon les experts, constituent les ingrédients d’une retraite épanouie : les interactions sociales, l’activité physique et une raison d’être.
La prestation de cette septuagénaire incarne cette philosophie du bien vieillir que prônent les spécialistes du vieillissement, particulièrement à mesure que l’espérance de vie reprend une trajectoire ascendante. De 2020 à 2022, l’espérance de vie au Canada a diminué, principalement en raison de la pandémie de COVID-19, les surdoses de drogues constituant également un facteur important. Les chiffres les plus récents de 2023 montrent qu’elle est de nouveau en hausse.
« C’est encourageant, puisque l’espérance de vie diminuait au Canada, c’est donc une situation inédite », observe Patrice Dion, analyste à Statistique Canada. « Aujourd’hui, il semble que l’espérance de vie augmente de nouveau, sans toutefois atteindre le niveau d’avant la pandémie de COVID-19. »
L’espérance de vie s’accroît encore plus pour les personnes aînées. Les hommes de 65 ans vivaient en moyenne 19,6 années supplémentaires, contre 22,2 années pour les femmes. On a observé une augmentation similaire dans d’autres pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
En pleine croissance démographique
La population des 85 ans et plus est l’un des groupes qui connaissent la croissance la plus rapide au Canada. Il a augmenté de 12 % par rapport à 2016, et les prévisions indiquent que cette croissance pourrait tripler. Pourtant, malgré la légère remontée de l’espérance de vie, le Canada figure parmi les derniers pays du G20 pour ce qui est de la longévité en bonne santé. L’écart entre l’espérance de vie et les années vécues en bonne santé est d’environ sept ans, ce qui indique que les Canadiens vivent plus longtemps, sans pour autant vivre mieux.
Pour Parminder Raina, directeur scientifique de l’Institut de recherche sur le vieillissement de l’Université McMaster, chercheur principal de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement et titulaire de la chaire de recherche du Canada en gérosciences, la qualité de vie est tout aussi importante.
En un siècle, l’espérance de vie a augmenté d’environ 20 ans par rapport à l’âge de 60 ans. Cette augmentation est principalement attribuable aux progrès des initiatives de santé publique, notamment en matière de nutrition, d’assainissement et de santé, ainsi qu’à la réduction du taux de mortalité infantile. La pénicilline, par exemple, a contribué à prévenir les décès liés aux infections durant la petite enfance. Au fil du temps, les innovations et les initiatives en matière de soins de santé ont contribué à accroître la longévité.
Le fait que les gens vivent plus longtemps et qu’ils aient moins d’enfants a engendré un changement démographique, souligne-t-il. On compte maintenant plus de Canadiens de plus de 65 ans que de Canadiens de moins de 15 ans. En s’intéressant à ce groupe croissant de personnes âgées de 85 ans et plus, on constate un écart entre la durée de vie et la durée de vie en bonne santé.
De bonnes politiques sont essentielles
Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer d’une stratégie nationale sur le vieillissement. Sans un effort concerté pour reconnaître le changement démographique mentionné précédemment, le pays ne fera que tenter de rattraper son retard, alors même que les premiers bébé-boumeurs commencent à prendre de l’âge.
« La génération des bébé-boumeurs prend de plus en plus d’âge, et les enjeux de sécurité financière, de gestion des maladies chroniques et d’autres problèmes liés au vieillissement, comme le risque de démence, deviennent plus présents et empêchent les gens de bien vieillir », explique Samir Sinha, gériatre à la régie de santé Sinai Health et au Réseau universitaire de santé de Toronto.
Un autre enjeu est l’âgisme, qui nuit également au bien-être et à la santé des personnes aînées. M. Raina suggère aux personnes aînées d'être attentives aux changements que leur corps manifeste. Il donne l’exemple des escaliers : quand on monte, s’agrippe-t-on désormais à la rampe alors qu’on bondissait autrefois de marche en marche? Sans voiture ou permis de conduire, les occasions d’interagir avec les autres peuvent diminuer. Dans certains cas, la solitude peut avoir un effet négatif sur la santé comparable à celui du tabagisme, dit-il.
« L’organisme la perçoit comme un stress, ce qui entraîne de l’inflammation », explique-t-il.
L’espérance de vie arrive-t-elle à un plafond?
Selon M. Raina, il faut désormais se demander si l’espérance de vie est près d’atteindre un plafond, si elle continuera d’augmenter ou si elle commencera à diminuer en raison de tendances comme la hausse de l’obésité et des cas de diabète connexes.
ET VOICI LES CHIFFRES
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pandémie de COVID-19 a inversé la tendance de l’augmentation constante de l’espérance de vie, effaçant les progrès des dix années précédentes. Entre 2019 et 2021, l’espérance de vie mondiale a diminué de 1,8 année, atteignant 71,4 années, pour revenir au niveau enregistré en 2012. De même, l’espérance de vie en bonne santé à l’échelle mondiale a diminué de 1,5 année pour atteindre 61,9 années en 2021.
Après trois années de baisse attribuables à la pandémie de COVID-19, l’espérance de vie remonte légèrement au Canada. Selon les données les plus récentes de 2023, elle est passée de 81,3 à 81,7 années. Cette hausse marque un net changement par rapport à la tendance à la baisse amorcée en 2020, première année de la pandémie, mais qui reste inférieure aux niveaux observés avant celle-ci.
Pendant ces trois années, la pandémie de COVID-19 a particulièrement touché les personnes aînées vulnérables. Bien que le nombre de décès qui lui est attribuable ait diminué de 60 % par rapport à 2022, il y a tout de même eu 7 955 décès liés à la COVID-19 en 2023. Le cancer, quant à lui, représentait un peu plus d’un décès sur quatre, soit 25,9 %, faisant 84 629 victimes en 2023. Chez les personnes de 65 ans et plus, le cancer, les maladies cardiaques et les maladies cérébrovasculaires constituaient les trois principales causes de mortalité.
Le nombre de décès accidentels par empoisonnement à diverses drogues a grimpé à 7 162 en 2023, soit un record qui dépasse les niveaux élevés observés pendant la pandémie.
L’UNIVERSITÉ MCMASTER CHERCHE À ÉTABLIR DES LIENS
Parminder Raina, titulaire de la chaire Raymond et Margaret Labarge sur le vieillissement optimal à l’Université McMaster, souhaite échanger des informations avec des retraités. Le portail sur le vieillissement optimal de l’Université McMaster est un outil scientifique destiné au grand public. D’après M. Raina, il s’agit d’un outil unique en son genre, qui permet de communiquer des approches préventives visant à encourager un vieillissement en bonne santé. Le projet Voice de l’Université McMaster encourage également la participation des personnes aînées pour mieux comprendre les problématiques, ce qui pourrait donner lieu à des travaux de recherche communautaires.